Pop! Goes the Music a rencontré (par visioconférence, pandémie oblige) Reuben James pour parler de son dernier disque Slow Down, qu’il décrit comme “une escapade de 19 minutes”, aux sons relaxants r’n’b, soul, avec une touche de jazz.
Le musicien à multiples talents originaire de Birmingham a joué et composé avec de nombreux artistes tout au long de sa carrière, tels que Sam Smith (il a notamment co-écrit Him, sortie en 2017), Bruno Major (Wouldn’t Mean a Thing, 2017) ou encore le duo Disclosure. En 2019, James décide de sortir sa propre musique, avec un premier EP, Adore. Cette année, il est de retour avec une collection de six chansons. Il nous raconte les coulisses qui ont mené à la création de chacune d’entre elles.
NB : L’audio est en anglais.
PISTE 1 – My Line (feat. Col3trane, Jay Prince, Vula & Soweto Kinch)
RJ : On a composé le beat avec mon pote Linden (Jay, ndlr) six ou sept mois avant la sortie du titre mais je ne savais pas vraiment ce que je voulais en faire. J’avais envie d’en faire une chanson et je savais que je voulais qu’elle soit la première que je sorte mais je n’arrivais pas vraiment à… m’exprimer dessus. J’ai donc appelé mon ami Col3trane et je lui ai dit: “Yo, frère, est-ce que tu pourrais essayer un truc sur ce beat et voir ce que tu arrives à en faire ?” Il était en Australie à ce moment-là et il m’a dit : “Ok, ok, je vais le faire, je vais le faire.” Et puis il m’a envoyé le refrain. Mais il n’y avait toujours pas la structure d’une chanson, juste ce beat assez long. Plus tard, alors que j’étais à Birmingham, j’ai passé un coup de fil à un autre ami, Soweto Kinch. Il est venu à la maison et j’étais là : “Yo, est-ce que tu peux jouer un super solo de saxo sur le reste ?” Il a fait une seule prise, il est resté un peu et il est reparti, me laissant… ce tas de saxophone. Deux semaines plus tard, une de mes amies proches, Vula, est venue au studio et s’est mise à chanter sur le rythme. A ce moment là, je n’avais pas encore de paroles, il y avait juste le refrain de Col3trane, et elle a commencé à faire des “la, la, la, la, la, la, la, la, la, la” (l’intro de My Line). À partir de là, petit à petit, ça a commencé à prendre forme. Mon ami Jay Prince avait des accords pour l’outro. Je l’ai appelé en FaceTime pendant que je jouais le beat, et j’étais dans un petit studio The Tree House, et je lui ai dit : “Frère, il faut que tu viennes, j’ai besoin de toi sur ce coup-ci, j’ai besoin de toi, j’ai besoin de toi.” Alors il m’a répondu : “Ok, j’arrive, j’arrive.” Donc il a sauté dans un Uber, il est arrivé et il a posé ce rap incroyable sur l’outro. Et j’étais la dernière personne à faire quoi que ce soit sur le morceau. J’ai juste écrit mes deux couplets, c’était deux semaines avant la sortie. J’ai posé ma voix et monté le tout pour avoir une structure qui se tienne, et voilà. On avait commencé le processus sept mois plus tôt mais ça n’a réellement pris forme que dans les deux dernières semaines. On a tourné une vidéo, monté ça, empilé toutes les parties, les voix et le reste pour donner quelque chose de puissant, d’émouvant. Mais le beat était tellement bon qu’on aurait pu en faire toute autre chose.
► Reuben James nous parle du My Line Challenge qu’il a lancé, inspiré par la polyvalence de ce beat, et qui a attiré de nombreux musiciens du monde durant le confinement dans notre premier épisode de ChillChat, sur notre chaîne YouTube.
PISTE 2 – All the Things
RJ : J’ai écrit ce morceau avec l’un de mes amis qui s’appelle Phairo, il a travaillé avec Bruno Major, ELIZA et Sam Willis. C’est un producteur génial et ça fait dix ans qu’on se connaît mais on avait jamais vraiment travaillé ensemble jusqu’à ce qu’il écrive et produise avec moi Burn, une de mes chansons préférées de mon premier disque, Adore. Je l’ai appelé pour qu’il collabore avec moi sur cet EP – et je suis d’ailleurs en train d’essayer de faire la même chose en ce moment – je l’ai appelé, je lui ai dit : “Mec, il faut qu’on fasse un morceau ensemble, allez ! Au moins un !” Puis on a passé une soirée dans son studio, à écouter pas mal de Michael Jackson, l’album Invincible, et beaucoup de r’n’b des années 90, et on en est arrivé à créer All the Things. On s’est vraiment posé et on a écrit, on a passé du temps sur les paroles pour essayer de faire quelque chose de vraiment beau. Après, un de mes amis proches, “Paddy”, Patrick Linton est venu chez moi à Birmingham. On a bu du Wray & Nephew et il a fini par enregistrer de superbes chœurs. Et puis mon pote new-yorkais Ruben Fox – bon, en fait, il vient de Brixton (à Londres) mais il vit à New York aujourd’hui – nous a rejoint, et c’était la cerise sur le gâteau. Il est venu à The Three House pour jouer du saxophone ténor, ce qui a donné un côté très sexy au produit final.
PISTE 3 – So Cool
RJ : J’ai fait une petite escapade à Hastings, une vieille ville anglaise au bord de la mer, avec trois de mes amis Tom Ford, Jay Mooncie et Karma Kid, spécialement pour écrire un peu. Donc on était juste là, à passer du bon temps et à faire des sessions de jamming, et en fin de compte on a composé tellement de chansons, une vingtaine environ, et celle-ci était ma préférée de tout le voyage. Elle a du caractère, un peu de swag, tout en étant feel-good. C’est typiquement une chanson de road trip, c’est sûr. Et on l’a écrite en, peut-être, 15 minutes. Et donc, oui, c’est resté une préférée pour moi, j’y retournais pas mal, et donc j’ai pensé que ce serait vraiment sympa de l’avoir sur l’EP.
PISTE 4 – Run Away (feat. Kevin Garrett)
RJ : Oh, Kevin Garrett est tellement talentueux ! Run Away est en fait la première chanson que j’ai écrite et produite tout seul, pour laquelle j’ai composé et joué, fait tout le beat, seul dans ma chambre à Birmingham, chez mes parents. J’ai commencé par un petit rythme à la batterie. Puis de la basse. Je ne suis pas du tout bassiste, c’était la première fois que j’en jouais sur un morceau, vraiment. Donc c’était juste de la basse et de la batterie au départ, et ensuite je me suis intéressé à des sons d’orchestre avec lesquels je me suis amusé. Et puis- (il chante le début du refrain) C’était plus ou moins fait. J’avais le pre-chorus et le refrain, et le concept me plaisait, mais je n’arrivais pas vraiment à… sentir ce qu’il fallait comme couplets, donc j’ai pensé que ce serait cool d’avoir un de mes potes sur le coup. Kevin et moi, on est amis depuis un bail donc je lui ai passé un coup de fil. “Mec, je t’en supplie, viens poser de jolis couplets là-dessus.” Il m’a renvoyé un truc absolument merveilleux le même jour. Et dès que j’ai eu ça, je lui ai dit : “C’est tellement beau que ça me donne envie d’un couplet aussi.” Je me suis donc posé pour en écrire un – j’étais juste inspiré – et je l’ai fait écouter à mon ami Chris Daddy Dave – le meilleur batteur au monde ! – et il m’a fait : “Il faut que je mette de la batterie là-dessus !” Donc il m’a envoyé ça dans la journée. Et mon ami Reuben Fowler – il a fait l’arrangement des cuivres pour mon premier disque – je n’avais pas encore travaillé avec lui sur ce projet et je me suis dit qu’il ne restait plus qu’à réunir la dream team. Il a fait appel à de merveilleux musiciens de jazz et la chanson était faite.
PISTE 5 – Peaches & Whiskey (feat. Chris Dave & Thomas Ford)
RJ : J’étais à Los Angeles et (le batteur) Chris Dave voulait qu’on fasse une journée studio ensemble. Donc j’ai appelé Nick Littlemore (musicien, compositeur et producteur), qui a d’ailleurs deux ou trois merveilleux projets, et je lui ai dit : “Mec, j’ai besoin d’un studio avec une batterie.” Il me rappelle une dizaine de minutes plus tard pour me dire qu’il nous a eu le Studio A de Capitol Records, et j’étais là, “C’est une blague ?” Il y avait le piano de Nat King Cole, le micro de Frank Sinatra… c’est un lieu chargé d’histoire. Et on arrive là-bas, Chris aussi, et je lui demande : “Tu veux quelque chose à manger ? A boire ? N’importe quoi.” Et il m’explique : “Mec, je suis en pleine détox, j’ai juste envie, genre, de… pêches. Tu peux commander des pêches ? Et… du whisky? Mais je fais une cure détox en ce moment donc juste des pêches et du whisky (peaches and whiskey)” Juste ça. En un claquement de doigts, Nick a fait parvenir tout un tas de superbes pêches. J’en ai goûté une et j’y croyais pas, c’était les meilleures pêches que j’ai jamais mangées. Donc Tom, Nick, Chris et moi, on était au Studio A de Capitol Records à boire du whisky et à manger des pêches en enregistrant cette chanson. On y a passé la journée, et c’est une des chansons que j’ai aimées le plus.
PISTE 6 – Slow Down
RJ : J’ai également écrit cette chanson dans ma chambre à Birmingham, avec deux de mes amis : Jack James qui est batteur et un chanteur de talent, et Seb (Read) qui est bassiste. On a monté une batterie dans ma chambre et j’avais un petit piano là-bas. Seb était à la basse et on est parti de cet air- (fredonne l’intro). On a juste improvisé là-dessus. C’était vraiment la première fois que j’écrivais pour mon disque ainsi, posé avec des musiciens, en improvisant. C’était génial. On a enregistré la batterie sur nos iPhones, le piano aussi. Et je me suis dit : “Ca donne juste l’impression de… ralentir (slow down).” Et le concept m’est venu ainsi. Jack a posé des chœurs dessus, ça fait (en chantant) : “Slow down.” Ils sont finalement partis à 4h du matin et je suis resté debout jusqu’à 7h pour produire toute la chanson. Et quand Soweto est venu pour enregistrer pour My Line, alors qu’il était sur le départ, je l’ai retenu. “Reste juste cinq minutes pour jouer un bout sur ce titre.” Il a fait une seule petite prise. Et voilà, Slow Down, la dernière chanson de cet EP.